"Je me souviens" par Benji Vous écoutez Déferlante, podcast provocateur de plaisir. L'épisode de ce soir est la suite du projet intitulé "Je me souviens". Pour ce projet, j'ai demandé aux auditeurs de m'envoyer un récit simple et sincère d'un souvenir coquin et tendre, qui ne les a jamais quittés. Comme un secret précieux, qu'on garde dans son coeur, à l'abri du monde. Benji Russ m'a proposé ce récit. Lumineux, presque innocent, mais terriblement érotique. Et c'est tout à fait l'esprit Déferlante: vous proposer un début d'histoire, qui ouvre en douceur l'appétit pour la tendresse, pour le désir. Et plus, si affinités. Et ensuite... la nuit vous appartient: vous la rendrez aussi belle que votre imagination. Encore merci Benji... pour ce magnifique récit. Allons-y pour ce souvenir. *** Je me souviens. On quittait Milan, victoire en bandoulière. Le cœur grisé d’avoir signé un contrat avec une des plus grandes marques de luxe. Taxi, pavés mouillés. Sensations affûtées. Plancher pelvien qui vibre fort. Aéroport Linate, bar de chez Sappori. Chic. Champagne. Rires. Trop de fierté. Je parle fort. Jeux de mots. Humour corrosif. Provocations légères, sur le fil, dangereuses. Françoise est légère, rayonnante, piquante et très réceptive à cette joute verbale entre business partners. On s’affronte avec humour, intelligence et désir contenu. Pas de romantisme, pas de fausse drague. Juste la tension parfaite, aiguisée, qui a toujours été là et que l’euphorie rend soudainement plus que palpable. Arrivés devant la porte d’embarquement : vol annulé! Shit. La compagnie nous dédommage sur le champ, et nous réserve des chambres dans un hôtel tout proche. C’est vendredi soir, le contretemps n’entame en rien notre humeur trop enthousiaste. Épaule contre épaule, titubant, riant, frôlements nerveux... on déambule victorieux vers l’hôtel, on n’écoute presque pas la réceptionniste avec son anglais trop italien et on suit le groom vers les étages. L’ascenseur est fait de silences rieurs et joueurs. N’avons-nous pas été un peu loin dans nos jeux ? Et lundi alors, de retour au bureau ? Étage 22. Le groom tend à Françoise la clé unique. Une seule chambre. Silence. Les rires s’étranglent. Il doit y avoir erreur. Le groom nous répète ce qu’on n’a pas écouté plus tôt à la réception : "Questa è l'ultima stanza" - "last room" C’est la dernière chambre, mais nous avons été upgradés pour la Suite Ambassadeur avec spa, salon, bar et lit King size. Gêne. Vertige. Nos regards deviennent d’un coup fuyants. Je souris, nerveux. Elle soupire, prend les devants et attrape la clé, en annonçant : "- Ça va, on n'a plus 16 ans." La suite est sublime. Chaude, feutrée et silencieuse, une ambiance qui rompt de façon brutale avec le rythme de notre journée. L'énergie change imperceptiblement: l’ivresse fait place à la fatigue physique et à la réalité devenue... dangereuse. Je me dirige d’instinct vers l’imposante baie vitrée donnant sur les pistes vides de l’aéroport. Derrière moi, Françoise soupire longuement. "- Je suis KO. Je me couche. Et puis demain, le premier vol." Je me retourne pour lui répondre... Elle me tourne le dos, moitié nue. Cette absence de pudeur crée en moi un électrochoc. Ses gestes, imprégnés d’une légère ivresse, la rendent tellement sexy. Elle fait tomber sa chemise Oxford, pas de soutien-gorge. Son dos, dessiné finement par ses heures d’aquabike, fait descendre mon regard sur une chute de reins à faire bander une armée de légionnaires. Enfin, elle fait glisser sa jupe le long de ses jambes, la forçant à se pencher en avant, et m’offrant la plus jolie des vues sur son cul. Rond, délicieux, invitant, dessiné par les dieux et parfaitement emballé dans un mini slip brésilien blanc en dentelle légère et transparente. Je ne pense pas une seconde à me retourner par correction, non... Je photographie mentalement chaque détail du tableau. Je lui en veux presque de m’avoir caché ça toutes ces années. Fatigue, indifférence et provocation mêlées. Elle décide que rien d’autre ne compte et se glisse en culotte sous la couette douce et épaisse, sans échanger le moindre mot ni le moindre regard. Puis, elle plonge la suite dans l’obscurité. Les mains dans les poches, l’imperméable encore sur mes épaules, j’observe la suite sous les faibles lueurs venues des pistes, et ce lit dans lequel vient de se glisser le corps d’une femme sublime mais que je n’avais encore jamais envisagé. "- No zob in job". Je me le répète, en boucle, comme un mantra. Et les minutes défilent. Dans ma tête, le vacarme, alors que dans la suite on n’entend plus que le ronron léger du chauffage et la respiration douce de Françoise. Tout en continuant ce débat intérieur avec mes différentes personnalités, je commence machinalement à me déshabiller. Merde, pas de sous-vêtements… Une fois nu, je m’approche à pas de fourmis, lentement, nerveusement. Je me glisse dans le lit, centimètre par centimètre, et m’allonge le plus loin possible d’elle, comme pour respecter l’espace, et... l’avenir de notre boîte. Le monde se tait. L’air chaud, le silence, la pénombre, la douce ivresse. Tout semble suspendu. Rideau. Puis, le crissement des roues d’un Airbus A320 de FedEx qui touche le sol, brise le silence. On se réveille tous les deux dans un léger mouvement respiratoire, presque chorégraphié. Frissons. Contact. Peau contre peau. Chaleur mêlée. On se réveille... collés. Elle me donne son dos entier. Je suis imbriqué dans l’espace négatif qu’elle m’offre. Ma queue est dure, et parfaitement lovée entre ses cuisses. Comment en sommes-nous arrivés là ? Aucun souvenir. Dans notre dernière phase consciente, la largeur d’un lit froid nous séparait! Et on reste ainsi des secondes interminables, n’osant presque pas respirer. Elle doit sentir le pouls battre dans les veines de ma queue. Moi, je sens que le fond de sa culotte change de température. Puis d’un accord commun presque télépathique, plutôt chimique, ou peut-être juste... "perdu pour perdu" : elle tend son cul en arrière, j’avance mes hanches vers elle au même moment, réveillant d’un coup toutes les cellules sensibles de nos corps. Nahhh! Nous n’atterrirons à Paris que... le dimanche soir. *** Merci d'avoir écouté Déferlante, le podcast érotique de la vraie vie. Si vous êtes inspiré, si vos souvenirs débordent de désir, n'hésitez pas à m'envoyer votre récit. Je me ferai un plaisir de le mettre en voix, tout en douceur.